L' almanach de la mandragore

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 L'art gothique

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eudes

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MessageSujet: L'art gothique   30.07.13 14:10

Vers 1130, à Sens, au sud-est de Paris, un nouveau style architectural apparaît subrepticement, léger, élancé, lumineux, lors de la construction de la cathédrale Saint-Étienne... Il sera plus tard tourné en dérision par les artistes de la Renaissance et qualifié de «gothique» («digne des Goths barbares !») par Raphaël lui-même. Cet art est fondé sur trois innovations-clé : l'arc brisé, la voûte sur croisées d'ogives et l'arc-boutant. Il est célébré aujourd'hui pour son caractère tout à la fois rationnel et symbolique. Tous les éléments architecturaux participent à la stabilité de l'édifice, que l'on veut aussi élevé et lumineux que possible pour traduire l'élan des fidèles vers le ciel.

Lieu de naissance : le Bassin parisien

À ses débuts, ce style tout à fait original est baptisé «art ogival», par référence à l'ogive ou à l'arc brisé, ou encore «art français» car il naît et se diffuse dans le Bassin parisien. Il se substitue rapidement à l'art roman ou romain, c'est-à-dire d'inspiration byzantine. Cet art religieux s'était épanoui en Occident après l'An Mil, à l'occasion du renouveau de l'Église. Il se caractérisait par une voûte en berceau d'une seule travée et soutenue par de solides parois en pierre.

À sa différence, l'architecture gothique conçoit des voûtes par travée, chaque voûte étant supportée par les quatre piliers de la travée. Les murs n'ont dès lors plus rien à supporter. Ils peuvent être amincis et percés de hautes verrières. Avec ce nouveau style «ogival», plus rien ne retient les ambitions des maîtres d'ouvrage... Chaque évêque un tant soit peu ambitieux veut dès lors une cathédrale plus haute et plus lumineuse que celle du voisin !

«L'éclosion de l'art des cathédrales fut étonnamment rapide : Chartres se construit en 26 ans, Reims plus vite encore, entre 1212 et 1233. Une telle vivacité s'explique par l'élan de prospérité qui, surgissant des campagnes, emportait l'économie urbaine. Mais elle fut aussi l'effet d'un autre développement, qui n'est pas dissociable du premier, le développement de la connaissance», écrit le grand historien Georges Duby.

L'art gothique se déroule sur quatre siècles, suivant trois à quatre grandes périodes :

La première et la plus brillante, aux XIIe et XIIIe siècles voit apparaître les plus belles cathédrales :
- dans une première étape, de 1130 à 1230 environ, celles de Noyon (1140-1186), Sens (1130-1170), Laon (1174-1233), Paris (1163-1245). Saint-Denis (1132-1144 pour le choeur) ;
- dans une deuxième étape, jusqu'en 1300 environ, celles de Chartres (achevée en 1230), Bourges (1235), Soissons (1235), Reims (1241), Strasbourg, Le Mans (1254), Amiens (1288), Troyes, Beauvais, sans compter la Sainte Chapelle (1248).

Le XIVe siècle voit l'apparition du «gothique rayonnant» à Rouen, Clermont, Auxerre, Limoges... mais aussi, très au-delà du bassin parisien à Albi (Sainte-Cécile), Perpignan... Le XVe siècle et la fin du Moyen Âge voient enfin, avec l'apparition de l'arc en accolade, l'émergence du «gothique flamboyant». Cet art gothique va perdurer au début du siècle suivant, en pleine Renaissance, sous une forme de plus en plus éloignée de la rigueur rationnelle des débuts.



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Eudes
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eudes

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MessageSujet: Re: L'art gothique   30.07.13 14:13

Pour la construction des églises, l'art ogival reprend la forme de croix latine en honneur dans les églises romanes, avec une nef centrale et deux nefs transversales (les transepts).
Pour le reste, c'est le fruit d'une expérimentation continue d'un chantier au suivant, avec des succès repris et amplifiés par les maîtres d'oeuvre, mais aussi des échecs, dont les enseignements sont également pris en compte.
Il tire profit de l'invention de la croisée d'ogives et des arcs- boutants pour multiplier les ouvertures dans les murs et porter la nef à de très grandes hauteurs.

– La voûte d'arêtes

La voûte d'arêtes est au coeur du style gothique. Selon ce principe, la nef est divisée en travées plus ou moins carrées.



La voûte de chaque travée est supportée par les piliers des quatre angles, grâce à des arcs brisés dont les pieds reposent sur ces piliers et qui se rejoignent au centre, à la clé de voûte.
Les murs latéraux, entre les piliers, ne supportent de ce fait aucun poids. Cela leur permet d'atteindre de grandes hauteurs et d'être évidés pour faire place à d'immenses verrières (vitraux ou rosaces).
Dans la voûte, les arcs brisés délimitent des demi-cylindres qui se pénètrent à angle droit. Ces arcs brisés sont  les ogives étant les nervures en pierre destinées à cacher les irrégularités des raccords aux arêtes de la voûte. 
Les arcs brisés, dans la voûte de chaque travée, délimitent des demi-cylindres qui se pénètrent à angle droit. Les raccords sont cachés par des nervures en pierre : les ogives. Pour cette raison, les arcs brisés qui supportent la voûte sont appelés croisées d'ogives.
Les travées sont séparées par des arcs-doubleaux.
Notons sur plusieurs édifices de la première période (Paris, Laon, Bourges, Soissons) des travées doubles, avec deux fois trois compartiments (en incluant les nefs latérales) et, au milieu, entre les deux travées, un arc-doubleau secondaire. Cette voûte sexpartite sur plan carré sera vite abandonnée au profit de la voûte sur plan barlong, qui n'embrasse qu'une seule travée, avec une répartition des efforts équilibrée sur chaque pilier.

– les arcs-boutants



L'effort qui s'exerce sur les piliers est équilibré par des contreforts extérieurs, rectilignes ou inclinés, avec une fonction d'étai. Pour que ces étais ne s'écrasent pas eux-mêmes sous la pression de la voûte de la nef, ils sont supportés par un arc. C'est l'arc-boutant.
D'origine romaine, il a été utilisé pour la première fois dans les églises après l'effondrement de la voûte de l'abbatiale de Cluny, en 1125.
Sa culée est généralement surmontée d'un clocheton en pierre (le pinacle), dont le poids contribue à contrecarrer la poussée latérale exercée par la nef. Parfois, comme à Beauvais, la plus haute cathédrale de la première époque gothique, les arcs-boutants sont reliés entre eux par des tirants en fer pour plus de sûreté.
L'extrados de l'arc-boutant sert à l'évacuation des eaux pluviales : celles-ci sont rejetées le plus loin possible par les gargouilles.
Vus du ciel, les arcs-boutants qui corsettent l'édifice sur son pourtour donnent à l'église gothique l'allure d'un insecte monstrueux.



– La nef et les déambulatoires latéraux

Pour que les contreforts extérieurs atteignent le haut de la nef centrale, on surélève les nefs latérales ou déambulatoires avec des tribunes. Les tribunes n'ont donc qu'une fonction structurelle.

– Le triforium

Le triforium, galerie supérieure, a été au départ nécessité pour cacher la partie opaque des murs de la nef, où s'appuient les toitures du déambulatoire. Il deviendra à terme purement décoratif.

– Les gargouilles



Les gargouilles évacuent les eaux de pluie en les empêchant de ruisseler le long des façades.
Ces dispositifs essentiels au bon entretien de l'édifice offrent aux sculpteurs prétexte à donner libre cours à leur imagination et à réaliser des figures monstrueuses.

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guenievre

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MessageSujet: Re: L'art gothique   30.07.13 14:16

L'art ogival est rationnel. Il se signale par la valorisation de la structure (arc brisé, arc-boutant, croisées d'ogives....) et l'absence de décoration superflue.



Il est avant tout symbolique et l'on peut en apprécier toute la beauté en contemplant la façade abondamment sculptée et surtout l'intérieur de la nef.
Sur le portail principal, les colonnes-statues représentent l'élan des hommes, souvent des apôtres, des prophètes ou des rois de l'Ancien Testament, vers le Christ en majesté. Celui-ci est souvent représenté sur le tympan, au-dessus du portail, dans une mandorle (ouverture en amande qui figure le paradis).
Les statues et les parois des édifices étaient à l'origine peintes de couleurs très vives que nous avons aujourd'hui du mal à nous représenter (il en allait de même pour la statuaire de la Grèce classique qui était tout sauf blanche).
La grande hauteur de la nef, la finesse des piliers et la lumière tamisée des vitraux expriment le désir d'élévation vers Dieu

– Les vitraux, rosaces et verrières


Les vitraux historiés sont un élément essentiel de l'art gothique. Ils décrivent les scènes de l'Évangile et de l'Ancien Testament à l'attention des chrétiens analphabètes. Ils décrivent aussi des scènes de la vie quotidienne ou encore, dans le cas des rosaces en bout de nef, des symboles théologiques.
On peut apprécier la sauvage beauté des verrières et de leurs vives couleurs (dont le bleu, apparu au XIIe siècle seulement) dans le choeur de la magnifique cathédrale de Bourges et surtout à Chartres.



Chartres demeure le plus beau témoignage de l'art médiéval du vitrail avec pas moins de 103 verrières d'origine, y compris trois rosaces (ce n'est pas sans raison que la ville héberge aujourd'hui un centre international du vitrail).
Les verrières, constituées de vitraux aux vives couleurs, tamisent la lumière de sorte que la nef baigne dans une semi-pénombre empreinte de mystère et de surnaturel. Ainsi le voulaient les maîtres d'œuvre du Moyen Âge.
Plus tard, à l'époque baroque, on enrichira les églises de décorations somptueuses et l'on souhaitera mettre en valeur celles-ci. À cette fin, on fera pénétrer un maximum de lumière dans la nef en remplaçant les sombres vitraux par des verrières claires, généralement transparentes. Beaucoup de vitraux gothiques ont disparu pour cette regrettable raison.
Notons que Chartres recèle le seul grand «labyrinthe» encore en état en France (pas moins de 13 mètres de diamètre). Ce dallage symbolise au milieu de la nef le chemin qui mène à Jérusalem. À défaut de faire le pèlerinage en vrai, des pénitents le parcourent régulièrement pieds nus.

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