L' almanach de la mandragore

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 L'église au Moyen Âge

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lancelot

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MessageSujet: L'église au Moyen Âge    16.07.13 0:41

Une société christianisée


Au XIè, l'Église a entièrement conquis l'Europe, sauf le nord-est, l'Espagne musulmane et quelques communautés juives. Elle est facteur d'unité et est partout présente dans la vie.

 Croyances et clergé

Le chrétien croit en un seul Dieu créateur et sauveur en Jésus Christ. L'homme doit mériter le salut : pour cela il doit éviter le mal voulu par Satan et pratiquer de nombreux rites : messe dominicale, jeûne pendant le carême, vénération des saints, sacrements...
Le prêtre est l'intermédiaire entre Dieu et le pécheur. Il célèbre la messe et distribue les sacrements. Comme il passe par des écoles, il constitue souvent l'élite lettrée de la population.

 L'encadrement par l'Église

La paroisse est le cadre essentiel de la vie, avec sont église : le prêtre conseille les habitants et organise l'assistance aux pauvres.
Les services que rend le prêtre sont rétribués par les dons des fidèles et par l'impôt de la dîme, assez lourd, payé par la population.
Désireuse de faire appliquer l'idéal de charité, l'Église entre en conflit avec l'esprit brutal et violent de la chevalerie. Elle défend les pauvres en imposant la « Paix de Dieu » et la « Trêve de Dieu ».

 Les exclus

Ce sont d'abord les juifs, assez nombreux : Ils sont sous la protection directe du roi et des seigneurs qui les imposent lourdement. Mais régulièrement, accusés de tous les méfaits possibles, ils sont massacrés ou expulsés et leurs biens confisqués...
Les lépreux : leur maladie est considérée comme une tare infamante. Ils sont relégués à l'écart de 1a société...

L'organisation de l'Église

Les fidèles sont guidés par le clergé et par les moines.

 Le clergé

Il réunit ceux qui consacrent leur vie au service de Dieu dans le monde : Il est dirigé par l'évêque, pasteur du diocèse qui est leur juge et qui veille à leur formation.
Certains clercs par le sacrement dé l'ordre, deviennent prêtres et donc curés de paroisses. Les évêques établis dans les ancienne villes romaines ont prééminence sur les- autres : ce sont les archevêques.
Le pape enfin, évêque de Rome, affirme à partir du XIè sa suprématie sur les autres évêques. L'Eglise du Moyen Âge est une monarchie dont le pape est le souverain absolu.

 Abbayes et monastères

L’abbaye est le lieu où vit une communauté de moines. L’abbaye est souvent « mère » de plusieurs monastères. Le moine a choisi de se retirer du monde et de se consacrer à la prière. Tous les moines sont frères et soumis à un père, l'abbé, chargé de faire respecter une discipline de vie appelée « Règle », dont la plus connue est celle de saint Benoît.
Souvent le monastère abrite les reliques d'un saint. Dès le XIè les monastères se regroupent en congrégations ou ordres. L'ordre bénédictin de Cluny, fondé en 909 est 1e plus important : il regroupe plus de 1200 monastères « bénédictins » à travers l'Europe, et est le plus grand bâtisseur de monuments romans.

 Les pèlerinages

L'homme médiéval part visiter les reliques des saints pour obtenir guérison, santé, faire pénitence ou rendre hommage à Dieu.
Les grands lieux de pèlerinage sont Jérusalem, Rome, Saint Jacques de Compostelle, le Mont Saint Michel.
Tous vont en pèlerinage : riches à cheval, pauvres à pied avec la pèlerine, le bâton, la besace. Les motifs des pèlerinages sont la foi, la fuite de la guerre ou des épidémies, ou le goût de l'aventure.

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Lancelot
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melusine
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MessageSujet: Re: L'église au Moyen Âge    18.07.13 23:15

Le rôle de l'Église dans la société médiévale

Après l'an mil, l'Occident est catholique : quasiment tous ses habitants ont le sentiment d'appartenir à une vaste communauté, la chrétienté. À cette époque, l'Église n'exerce pas seulement une influence sur les esprits, elle est aussi une puissance économique et politique. Quelle est la place des clercs (ceux qui forment le clergé) dans la société médiévale ?
I. L'organisation de l'Église
•  Le pape, évêque de Rome, est le chef de la chrétienté latine. Mais, vers l'an mil, son autorité est encore limitée.
•  L'Occident chrétien est divisé en diocèses, dont chacun est dirigé par un évêque. Celui-ci loge en ville et officie dans une cathédrale, une église plus vaste et plus belle que les autres. Les cérémonies religieuses importantes s'y déroulent et sont célébrées par les chanoines, les prêtres entourant l'évêque.
•  Chaque village et, dans les villes, chaque quartier constituent une paroisse dirigée par un prêtre. Les fidèles y suivent les offices et y reçoivent les sacrements (baptême, eucharistie, extrême-onction, etc.). Les évêques et les prêtres qui vivent avec les laïcs forment le clergé séculier (« dans le siècle »).
•  À l'écart du monde vivent des religieux qui sont en général groupés dans des monastères. Ils suivent une règle, sous l'autorité d'un abbé ; c'est pourquoi les moines constituent le clergé régulier. La règle de saint Benoît sert de modèle à presque tous les monastères ; les bénédictins vivent en communauté, se consacrent à la prière, à la méditation et au travail manuel.
II. Son influence dans la vie quotidienne
•  L'Église scande la vie des hommes du Moyen Âge, de leur naissance à leur mort. Par le baptême, le nouveau-né entre dans la communauté religieuse. Le chrétien assiste à la messe du dimanche, se confesse au moins une fois par an, communie le jour de Pâques… Les offices (marqués par les sonneries des cloches) et les fêtes religieuses rythment aussi le temps civil. À la Saint Denis ou à la Saint Martin, par exemple, les paysans payent leurs redevances. Au Moyen Âge, toutes les fêtes sont religieuses.
•  L'Église organise la charité : de la nourriture est régulièrement distribuée aux pauvres par les moines. L'hôpital de la ville ou l'hôtellerie du monastère accueillent les pèlerins, les nécessiteux ou les malades. Les églises et les monastères sont également des lieux d'asile pour les individus poursuivis par la justice.
•  La copie des manuscrits et l'enseignement, enfin, sont pris en charge par les moines (et marginalement par les prêtres de la paroisse) : l'école ne concerne cependant que quelques jeunes nobles et de futurs ecclésiastiques.
•  À partir du Xe siècle, l'Église établit aussi des règles pour limiter la violence des laïcs : la paix de Dieu défend aux chevaliers de s'attaquer aux personnes sans défense ; la trêve de Dieu interdit les combats, du mercredi soir jusqu'au lundi matin, ainsi que les jours de fête (qui sont très nombreux).
III. La puissance de l'Église
•  Tous les fidèles payent la dîme, qui correspond à un dixième de la récolte pour les paysans. L'Église possède de très nombreuses terres, cédées par les seigneurs ou les rois pour assurer leur salut. Les abbés et les évêques sont aussi des seigneurs qui perçoivent les revenus de leurs domaines.
•  Les abbés et les évêques doivent prêter serment de fidélité aux rois et aux seigneurs qui leur remettent les insignes de leur charge (ce qui fait d'eux leurs vassaux). Les pressions sont nombreuses, les grandes familles cherchant à occuper ces postes prestigieux. Certains souverains vont jusqu'à nommer eux-mêmes les évêques et les abbés : c'est l'investiture laïque.
•  Ces pratiques entraînent une décadence du clergé : au XIe siècle, les prêtres vivent comme des laïcs, tandis que les fonctions ecclésiastiques, sources de revenus, sont achetées ou vendues comme de vulgaires charges. L'Église catholique est en crise.
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morgane

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MessageSujet: L'Église, intermédiaire entre Dieu et les hommes   30.07.13 13:38

Le terme «église», en latin «ecclesia», dérive d'un terme grec qui signifie «assemblée». À l'origine, l'Église désigne donc l'ensemble des fidèles. Au Moyen Âge, ce terme en vient à désigner aussi les seuls hommes d'Église, les ecclésiastiques ou «clercs». En effet, dans la société médiévale, l'Église est une structure autonome qui cultive jalousement la séparation entre clercs et laïcs.

1) la messe et le culte des reliques

La messe, à laquelle les fidèles sont invités le dimanche et les jours de fête religieuse, constitue le moment essentiel de la vie religieuse. L'élément essentiel en est toujours l'Eucharistie, le moment le prêtre prononce les paroles qui transforment le pain et le vin en sang du Christ, avant de partager les hosties. Il commémore ainsi le dernier repas du Christ (la Cène), lorsqu'il avait tendu le pain et le vin à ses disciples en leur disant «Prenez et mangez et buvez, ceci est mon corps donné pour vous. Ceci est la coupe de mon sang». Il les avait ensuite invités à faire ceci en mémoire de lui.

Tout au long du Moyen Âge (et après), l'Église catholique affirme avec constance cette doctrine de la Transsubstantiation selon laquelle le pain et le vin se transforment effectivement en corps et sang, contre ceux qui ne voudraient voir dans le pain et le vin que des symboles rappelant la mort du Christ. Cette dernière approche est d'autant plus rejetée par la hiérarchie catholique qu'elle remet en cause le rôle du prêtre et de l'Église dans le rapport à Dieu : si le pain et le vin ne sont pas le corps et le sang du Christ, à quoi sert le prêtre sinon à faire des sermons que des laïcs peuvent aussi bien faire?... Les clercs se réservent cette relation privilégiée avec Dieu ainsi que la lecture et l'interprétation de la Bible. Il faudra attendre la Réforme luthérienne pour que celle-ci puisse être traduite du latin, langue des clercs, en langue vulgaire.

La relation des fidèles avec Dieu passe aussi par les reliques, autrement dit les restes des saints, exposés dans des reliquaires ou placés dans des tombes, sous les autels. Tant à l'époque de l'art roman qu'à l'époque de l'art gothique qui la suit, les églises et en particulier les basiliques, construites sur la tombe d'un saint, sont conçues de manière à permettre les processions des pèlerins tout autour de la nef et du choeur. Les pèlerins vénèrent les reliques dans l'espoir que les saints leurs serviront d'intercesseurs, c'est-à-dire les protégeront et les défendront dans cette vie comme dans l'au-delà. Les pèlerinages les plus courus sont celui de saint Martin, à Tours, puis, après l'An Mil, celui de saint Jacques le Majeur, à Compostelle, sans parler bien sûr de Jérusalem, où se déroula la Passion du Christ, et Rome, où fut martyrisé saint Pierre.

Précieux reliquaire




Le reliquaire de Sainte-Foy ci-contre, chef-d'oeuvre de l'art médiéval, est aussi un émouvant témoignage du culte des reliques et des pèlerinages qui se développent au début du Moyen Âge. La statue est une chasse qui abrite les reliques de la sainte qui ont assuré la prospérité de l'abbaye de Conques, dans l'Aveyron. Elle remonterait aux alentours de 864, date où les reliques ont été dérobées dans une église d'Agen par les moines de Conques ! Les miracles de sainte Foy auraient justifié, a posteriori, ce «vol pieux» : la sainte manifestant ainsi sa préférence pour Conques ! Faite de plaques d'or et d'argent sur une âme de bois, la chasse a été au fil des siècles très remaniée et incrustée de bijoux, offerts par les fidèles. Le «trésor de Conques», caché à la Révolution par les habitants, est toujours conservé dans l'abbaye.

2) les moines

L'Église s'appuie :
- d'une part sur le clergé séculier, c'est-à-dire impliqué dans le siècle, en contact direct avec les fidèles et la vie de tous les jours : il est composé en particulier des prêtres et des évêques,
- d'autre part sur le clergé régulier, qui s'astreint à vivre sous la contrainte d'une règle monastique : il est constitué des moines et moniales (aussi appelés religieux et religieuses) ; ils vivent en communautés autonomes, à l'écart du monde, sous l'autorité d'un abbé ou d'une abbesse.

Les moines vivent selon la règle bénédictine, écrite par saint Benoît de Nursie au Ve siècle : ils partagent leur temps entre le travail et la prière. Ils prient pour eux-mêmes mais surtout pour les vivants et les morts. Établissant leurs monastères dans des clairières, à l'écart du monde habité, ils contribuent par leur travail au défrichement de l'espace européen.

3) Grégoire VII et la séparation entre laïcs et ecclésiastiques

Au XIe siècle, plusieurs papes réformateurs, dont certains sont issus de l'abbaye de Cluny, entreprennent de régénérer l'Église romaine, avilie avant l'An Mil du fait de ses compromissions dans les guerres féodales. Cette entreprise est connue sous le nom de «réforme grégorienne», en référence au principal pape de la période, Grégoire VII (1073-1085). Ce pape lutte contre le nicolaïsme, c'est-à-dire le fait pour les prêtres d'avoir une femme et des enfants auxquels ils ont la tentation de léguer les bénéfices de leur charge, et contre la simonie, le trafic contre argent des biens d'Église. Il refuse aussi que les seigneurs laïcs choisissent les évêques et les abbés et les investissent de leur charge. Il entre ce faisant en conflit avec l'empereur d'Allemagne Henri IV. Celui-ci feint de se soumettre à Canossa en 1077 mais la «querelles des Investitures» ne trouvera son aboutissement qu'au siècle suivant autour d'un compromis distinguant les fonctions spirituelles et matérielles des évêques et abbés.

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amyvette

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MessageSujet: Une Église immergée dans la société   30.07.13 13:46

L'Église, qui se veut à la charnière entre la société humaine et Dieu, est en réalité très impliquée dans les affaires séculières («du siècle»). Elle est même un acteur majeur de l'Histoire du Moyen Âge.

1) hommes d'Église, grands seigneurs

Les institutions de l'Église, évêchés et monastères, reçoivent des donations nombreuses, legs et aumônes. Elles prélèvent aussi des taxes et un impôt spécifique en nature, la dîme, sur la production agricole. Cela leur vaut de compter parmi les principaux propriétaires fonciers.
Il en va de même pour les monastères, qui sont implantés dans les villes, mais aussi dans les campagnes. Ils y produisent ou font produire par leurs dépendants de la nourriture dont ils ont besoin, du vin pour les besoins de la messe et pour leur consommation quotidienne, mais aussi pour vendre les surplus.Les monastères sont de bons gestionnaires car les moines sont formés et maîtrisant les techniques complexes de la gestion et de l'écrit.Toute cette richesse doit servir à proclamer la gloire de Dieu : c'est ainsi que le monastère de Cluny, en Bourgogne, le plus important de la Chrétienté, se trouve à la tête de tout un ensemble d'autres établissements.Il fait construire entre 1085 et 1130 son église, le plus vaste bâtiment d'Occident (en grande partie détruite durant la Révolution Française). Il faut attendre la reconstruction de Saint-Pierre de Rome au XVIe siècle pour trouver une construction plus massive.

Cette richesse suscite de nombreuses critiques au sein même de l'Église où de nombreux réformateurs tentent de corriger les excès du clergé, pour rappeler que les évêques doivent renoncer au luxe et à la chasse, loisir des aristocrates.C'est ainsi que Robert de Molesmes fonde l'abbaye de Cîteaux, en Bourgogne. En rupture avec l'opulence des abbayes clunisiennes, le religieux renoue avec l'idéal monastique de saint Benoît de Nursie, fondé sur la prière, le dépouillement et le travail. Il est bientôt rejoint par Saint Bernard de Clairvaux qui porte l'ordre cistercien à son apogée, de sorte que l'on pourra dire du XIIe siècle catholique qu'il fût celui de Cîteaux comme le XIe siècle fut celui de Cluny.Cette simplicité a un tel succès que de nombreux établissements se placent dans la mouvance de Cîteaux. Ils forment à l'initiative de saint Bernard de Clairvaux l'ordre cistercien. Mais son succès est bientôt tel qu'il s'enrichit à son tour et tombe dans les travers de ses prédécesseurs !La richesse de l'Église suscite aussi des tensions et une défiance de la part du peuple, qui supporte mal le faste et les privilèges dont jouissent les ecclésiastiques. La fondation des ordres mendiants de saint Dominique et saint François au XIIIe siècle en sont la conséquence.

2) l'Église structure le temps et l'espace

Dans le cadre de sa mission d'encadrement des hommes pour les mener au Salut, l'Église leur impose nombre de règles qui structurent leur vie.Le calendrier en est une : tout au long du Moyen Âge, et encore bien plus tard, les ecclésiastiques luttent pour imposer le respect du dimanche et interdire le travail et la fréquentation des tavernes, les danses et tout ce qui est considéré comme une atteinte à la grandeur divine. Les fêtes religieuses sont parfois très nombreuses, selon les endroits, et peuvent être difficiles à faire respecter : en période de moisson, difficile pour les paysans de s'abstenir de travailler !À une époque où très peu de gens peuvent avoir l'heure précise, l'Église, par les cloches, rythme aussi la vie de toute la population et l'appelle à la prière. En cas d'urgence (attaque, ou incendie), les cloches de l'église pouvaient aussi appeler la population à se rassembler.Le calendrier religieux est aussi largement repris par les seigneurs pour les paiements des diverses redevances : traditionnellement, une grande partie est par exemple versée à la Saint Martin, le 11 novembre.

L'Église structure également l'espace. Les hommes se regroupent dès le haut Moyen Âge, avant l'An Mil, autour de l'église. Ainsi naissent les villages tels que nous les connaissons aujourd'hui. L'église en est le centre et il ne faut pas l'imaginer aussi silencieuse qu'aujourd'hui : on y discute et règle des affaires, malgré les protestations des curés. De nombreux quartiers ou villes se développent autour des monastères.Au fil du temps, le cimetière se rapproche de l'église, laquelle devient le lieu central, où cohabitent les vivants et les morts. Cette évolution symbolise l'emprise de l'Église sur la communauté villageoise ou urbaine : c'est le prêtre qui accepte ou refuse la sépulture chrétienne et qui définit ainsi qui est membre de cette communauté et qui en est rejeté. Les juifs, les enfants non-baptisés, mais aussi les excommuniés, les suicidés, les condamnés à mort qui ne se sont pas repentis, font partie des exclus.Ainsi l'Église structure-t-elle la société médiévale et en est-elle le reflet. Elle accorde une place restreinte aux femmes, considérées, à la suite d'Eve, comme des tentatrices qui incitent au péché, mais elle les protège aussi en imposant l'indissolubilité du mariage et en interdisant la répudiation.Elle sanctifie un ordre social inégalitaire dans lequel les uns (paysans et artisans) travaillent pour nourrir ceux qui les protègent (les chevaliers) et ceux qui prient pour le salut de tous. Ceux-là, les hommes d'Église, figurent en théorie au sommet de la pyramide.

Tandis qu'aux premiers temps de la chrétienté, chacun priait dans l'église de son choix, au milieu du Moyen Âge, la vie des hommes s'organise autour de l'église paroissiale, autrement dit l'église du village ou du quartier.



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MessageSujet: Re: L'église au Moyen Âge    09.08.13 0:36

Les églises surgissent partout. Il faut bien des lieux pour la prière et celle-ci embrasse l'univers et l'histoire. L'art roman est un art cosmique. Le maître d'oeuvre, créateur entre ciel et terre, bâtit la maison de Dieu qui sera une halte pour les pèlerins, non seulement pour les nomades mais pour tous les hommes qui séjournent sur la terre. L'endroit où Dieu et l'homme communiquent est un centre de théophanies, c'est-à-dire le lieu de la manifestation divine.
Tous les artisans concourent à la beauté du temple, l'architecte, le maçon, l'imagier. Les illustrations de l'époque nous représentent les nobles et les serfs attelés ensemble, épaule contre épaule, pour traîner les grands blocs de pierre.

L'art roman possède une merveilleuse unité au sein des particularités les plus diverses. L'utilisation des thèmes nous étonne, car nous sommes parfois en face d'éléments anciens repris au profit de nouvelles significations. Ainsi cet art participe à la grandiose unité médiévale.
D'ailleurs il en constitue le centre, car c'est dans le temple que se trouvent réunis par un labeur commun théologiens, architectes, sculpteurs, orfèvres, tailleurs de pierre, charpentiers et maçons.
C'est pourquoi plus que tout autre style, l'art roman convient à la contemplation et à la prière.

Le symbole accueille aux portails, s'accroche aux chapiteaux, se niche dans les chevets. L'homme qui pénètre dans l'église romane n'a qu'à laisser errer son regard et aussitôt il est conduit et mû vers la réalité suprême. L'éternité baigne l'art roman, elle est sa mesure. C'est pourquoi un tel art est semblable à un visage dont les lignes sont significatives pour celui qui le charge de présence.
Il est abordé comme un étranger, il retient son secret.
Il est aimé, il livre aussitôt son message.
En raison de la pérennité qu'il évoque, cet art défie le temps.
Au contraire, les maisons d'habitation détiennent le plus souvent un caractère transitoire qui, du fait des modifications de l'existence, devient vite insupportable. « Ainsi le style victorien en est un exemple frappant. Il suffit pour s'en convaincre de voir certains quartiers de Londres avec tant de colonnes identiques. On pourrait en dire autant des églises sulpiciennes ou de style baroque dont l'excès d'ornementation, si peu favorable au recueillement, irrite par son caractère temporel ».
Les églises romanes peuvent se ressembler dans leurs constructions et leurs ornementations. Les symboles qu'elles présentent suscitent toujours différentes lectures. La prière est la même, la circoncision du coeur aussi (pour parler le langage bernardin), mais l'âme est constamment en voie de croissance ou de recul, car au sein de la connaissance et de la contemplation, il n'existe jamais d'instants identiques. Dans la mesure de leur réalité, les thèmes ne sont ni épuisés ni épuisables. L'art carolingien lègue à l'art roman sa fécondité, mais quand il disparaît, il emporte avec lui son goût de la mosaïque et de la recherche picturale. Auparavant la pierre était revêtue, avec le roman elle se dénude et apparaît dans sa beauté pure. Ainsi l'art roman ne s'impose pas, il frappe à la porte de l'esprit: il éveille et transpose le coeur de l'homme.

Le XII° siècle est encore le siècle des pèlerinages. Des lieux sont consacrés, le voyageur y vient de loin pour la rémission de ses fautes ou pour sa dévotion. L'homme ne sait pas toujours que le centre du pèlerinage est son propre coeur. C'est pourquoi il s'éloigne de sa patrie, croyant trouver le lieu où le ciel et la terre s'unissent.
Les routes des pèlerinages sont tracées - tels des fleuves - et traversent l'Europe qu'elles dépassent. Les points de rencontre sont Saint-Jacques-de-Compostelle, Saint-Michel-du-Mont-Gargano ou des sanctuaires voués à la Vierge. Le pèlerin franchit les limites de l'Europe, et c'est en Orient qu'il tente de défendre le tombeau du Christ. Les reliques des saints opèrent des miracles sur le plan physique ou dans l'ordre plus secret de la conversion du coeur.
En dehors de ces pèlerinages, le XII° siècle n'est pas seulement sédentaire, il est aussi nomade et dans une époque dépourvue de transports, tant de déplacements nous étonnent.
Bernard de Clairvaux parcourt l'Europe sur une mule. Rupert de Deutz, étant l'objet d'attaques de la part des écoliers de Paris, raconte son voyage à dos d'âne pour croiser le fer avec Anselme de Laon et Guillaume de Champeaux à propos de la question de la toute-puissance divine ! La plupart des voyageurs cheminent à pied, chargés parfois de rouleaux couverts de textes ou encore porteurs de messages. Nous vivons dans un siècle trop agité pour saisir le sens profond d'une vie privée d'impatience.
Il s'agit de bien faire, et non de faire beaucoup. La quantité n'entre pas en lice, seul le mystère de la qualité s'impose. C'est pourquoi les oeuvres du XII° siècle sont durables. Elles conservent un sceau d'éternité qui transcende le temps. Certes, l'homme roman nourrit la hantise de son propre salut, mais il se sait frère d'un grand nombre d'hommes : ceux qui partagent sa foi.
En dépit de la langue et du style, des images, des redites, des citations bibliques dont certains ouvrages sont imprégnés, les traités du XII° siècle s'offrent à la lecture de l'homme moderne. Ils se lisent facilement, n'engendrent jamais l'ennui et possèdent une authenticité liée à l'état d'âme des écrivains eux-mêmes.

D'ailleurs il existe un optimisme qui baigne les esprits et les oeuvres. L'an mil est passé avec toute sa terreur, enfin l'homme respire, il rend grâces de la beauté d'une nature qui porte l'effigie divine.
Le sectarisme se montre parfois, mais il n'est point l'effet d'un goût personnel, il tente de sauvegarder le sens d'une collectivité. Car l'église est un centre, elle est chrétienté, et ceux qui n'en font point partie semblent exclus du rythme de l'existence : d'où la tragique dureté pour les païens, l'infamie qui recouvre les juifs.
Ce n'est pas là étroitesse d'esprit, ou racisme, mais impossibilité de penser autrement. La chrétienté apparaît une unité géographique et ceux qui n'y sont point reliés font figure de parcelles insulaires.
C'est pourquoi il nous est interdit de juger le XII° siècle avec notre mentalité d'aujourd'hui.
Ce siècle n'est pas uniquement voué à la philosophie, à la théologie, à la poésie et à la mystique. La mathématique exerce son emprise, la technique aussi. La force de l'énergie retient l'attention. Ainsi l'eau est employée pour les moulins et les roues hydrauliques. La force du vent est accaparée, et dès l'aurore du XII° siècle tournent les premiers moulins à vent.
Il faudrait citer de nombreuses inventions, telles la boussole, l'horloge mécanique ou le gouvernail.
L'horloge rythme le temps d'une vie consacrée au travail de la terre et au labeur de l'esprit. On le voit, le XII° siècle est avant tout concret; c'est en 1188 que le pont d'Avignon lance sur le Rhône ses dix-huit arches de pierre.

Qu'il s'agisse d'enseignement religieux ou de littérature profane, la pensée est liée intimement à la Bible : étude des nombres, musique, traités de médecine, cosmogonie, etc... L'homme savant ou ignorant puise dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament, le goût des images et des symboles. Ces symboles chargés de sens lui sont transmis aussi à travers les commentaires des Pères grecs et latins. Mais tout n'est pas biblique.
L'apport païen est considérable. Beaucoup d'auteurs médiévaux citent des auteurs profanes. Plus encore, à travers les Pères, des symboles païens et gnostiques leur parviennent.
Il n'est point de période d'histoire dans laquelle le symbole joue un rôle aussi grand qu'au XII° siècle.
Les causes d'une telle faveur sont diverses. Cet usage du symbole ne relève point d'une phase historique puérile, mais convient au contraire à des hommes qui conservent à la fois le sens de la réalité et de l'inexprimable.
Ils aiment Dieu, mais comment parler de lui ?
Ils regardent la création dans laquelle l'homme remplit un rôle royal, mais comment la faire connaître ?
Chacun ne peut saisir que suivant son entendement. Or le symbole respecte la vérité, il exprime le mystère. Grâce au symbole, un ordre incommunicable par l'écriture ou par la parole sera transmis, aussi bien par le traité de théologie que par le sermon ou encore par l'image d'un chapiteau.
Le XII° siècle est essentiellement le siècle de l'enseignement, tout concourt à cet apprentissage. Ce n'est pas seulement l'intelligence qui doit être éveillée, mais l'intuition. C'est pourquoi le symbole possède une telle importance au XII° siècle; il instruit et achemine vers la connaissance, car il est une nourriture spirituelle.

[b class="sources"]Sources : Extrait du livre « Essai sur la Symbolique Romane » de M. M. DAVY. Editions Flammarion[/b]

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