L' almanach de la mandragore

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 La farce

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emeric

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MessageSujet: La farce   09.07.13 23:49

On appelle farces les pièces de théâtre comiques composées du xiiie jusqu'au xvie siècle. On ne les nomme pas comédies parce que, selon les Arts poétiques du Moyen Âge, ce terme s'applique aux poèmes dont le début est triste et la fin plutôt joyeuse. On trouve le terme de farce qualifiant une pièce de théâtre à partir de 1398. Vers la fin du Moyen Âge, nombreuses sont les pièces intitulées farce ou moralité, sottie ou farce. Des acteurs installaient des tréteaux, souvent en plein air à l'occasion d'une fête, d'un marché, dans la rue, et même, plus tard, sur le Pont-Neuf à Paris. On commençait par un cry, pièce d'une centaine de vers qui rassemblait le public. Venait ensuite une moralité, une pièce satirique qui visait surtout une idée, par exemple la Gourmandise (La Condamnation du Banquet). Il ne faut pas confondre la moralité, pièce satirique française, et le Morality Play, pièce morale anglaise qui fait partie du théâtre religieux médiéval. Après la moralité on jouait une sottie, pièce comique qui satirisait souvent les idées politiques et dont les personnages sont le Sot, la mère Sotte, etc., c'est-à-dire les sots qui portaient le costume traditionnel aux grelots, et tenaient à la main la marotte. Le point culminant, c'est la farce, pièce comique qui présente des situations et des personnages ridicules où règnent tromperie, équivoques, ruses, mystifications.
1.  Organisation, acteurs et thèmes
On peut situer l'âge d'or de la farce entre 1400 et 1600. Dès le début du xve siècle les clercs du parlement de Paris et d'autres grandes villes se sont organisés en confréries, dont l'une, la Basoche, fit monter des spectacles. Une sous-section de la Basoche, les Enfants sans Souci, faisait spécialité des pièces profanes et des farces en particulier. À ces représentations jouées par des acteurs quasi professionnels ajoutons celles des jongleurs, des comédiens de métier, qui parfois s'organisaient en troupes, et donnaient des monologues dramatiques, des farces à un seul personnage, tel Le Franc Archer de Bagnolet. La farce était populaire dans les grandes villes. Les étudiants en droit présentaient des procès grotesques, des « causes grasses » (cf. Les Arrêts d'Amour par Martial d'Auvergne), d'autres troupes, les Cornards de Rouen – ils portaient des cornes ou des bonnets pointus –, faisaient rire un public plus large. Les ressources théâtrales que demandaient les farces étaient modestes : peu d'acteurs, quatre ou cinq, une mise en scène réduite, des meubles et des costumes ordinaires. Cela s'explique parce que les thèmes des farces étaient tirés du quotidien : ces heurts entre mari et femme, vendeur et client, procureur et défendeur, serviteur et maître. Dans le conflit, chacun veut prendre le dessus, et souvent emploie la tromperie. Le thème du trompeur trompé se retrouve fréquemment.
2.  Quelques exemples
Des scènes comiques s'inséraient dans le théâtre religieux – les diables dans Le Jeu d'Adam ou les scènes de taverne dans le Jeu de saint Nicholas –, mais les premières farces dramatiques et indépendantes sont Le Garçon et l'aveugle et Courtois d'Arras (apr. 1266). Cette pièce n'a que 265 vers, et la plupart des farces sont assez courtes. Mieux connues sont certaines du xve siècle, par exemple le Cuvier, où l'on voit clairement que le rôle d'un auteur est aussi le rouleau de papier ou de parchemin qui contient les vers qu'il prononce. La plus célèbre est la Farce de maître Pierre Pathelin. Ce texte, qu'on a dit digne de Molière, est appelé parfois une vraie comédie. Plus longue que toutes les autres farces (elle a 1 599 vers), elle présente Pathelin, un avocat sans cause, qui persuade un drapier de lui vendre six aunes de drap qu'il paiera au jour du Jugement. Quand le drapier se rend à la maison de Pathelin pour demander son argent, ce dernier feint le délire et lui parle en « divers langages ». Le drapier part, mystifié, puis arrive Thibault Aignelet, un berger. Son maître, qui n'est autre que le drapier, l'accuse d'avoir volé ses brebis. Pathelin défend le berger devant le juge et lui conseille de répondre à toute question en poussant le cri « bée ». Le drapier reconnaît Pathelin, et confond ses deux plaintes, les brebis volées et les moutons tués. Le juge, malgré sa patience, ne parvient pas à comprendre, et déclare que le berger n'est pas coupable. Quand enfin Pathelin demande ses honoraires, le berger le paie, à son mot, en ne lâchant que « bée ».
On voit dans Pathelin l'étude approfondie des personnages, le conflit des caractères, les jeux de théâtre, le comique des mots et même des vers qui sont passés dans la langue proverbiale : par exemple « Revenons à ces moutons » (v. 1292). Le mérite littéraire de cette farce est incontestable et peu importe que nous n'en connaissions pas l'auteur. On a suggéré les noms de Villon, d'Antoine de la Salle et, plus sérieusement, de Guillaume Alexis. La vérité est qu'on ne sait pas qui a composé ce chef-d'œuvre, écrit, selon toute probabilité, vers 1463.
3.  L'importance de la farce française
L'influence de la farce française sur la littérature européenne a souvent été sous-estimée. Aux Pays-Bas, les acteurs ont joué des farces dans les mêmes conditions qu'en France, comme en témoignent les tableaux des peintres flamands tel Pieter Balten (surtout sa Kermesse des paysans). Selon Gustave Cohen, les guerres d'Italie ont offert l'occasion d'influencer la commedia dell'arte. Cervantès à son tour écrivit des farces. Mais l'héritier le plus fortuné de la farce fut Molière. On l'a dit, mais on n'a pas souligné assez la dette de cet auteur génial à ces farceurs anonymes français dont les thèmes s'ajoutent aux sources classiques et italiennes de Molière. Ainsi tout ce que Le Médecin malgré lui doit au fabliau Le Vilain Mire. Les jeux de scène, changements de costume, déguisements, tromperies, mystifications, et même la langue savoureuse et comique si caractéristique de Molière, se voient également dans les farces de la fin du Moyen Âge.
Ce genre théâtral amusait un public des plus étendus : bourgeois, étudiants, paysans, nobles. Les premiers imprimeurs profitaient de la popularité du genre, imprimaient les textes, qu'ils vendaient aux spectateurs. La plupart des farces sont connues dans des exemplaires aux pages longues mais très étroites – format dit agenda. On les réimprimait encore au milieu du xviie siècle

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